Chiens dangereux…mythe ou réalité?

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Les cas de morsures canines se produisent partout dans le monde et le Québec n’y échappe pas. Le phénomène préoccupe les citoyens, certains ont peur, d’autres sont en colère. Quelle que soit la position de chacun sur la question, une chose les unis : tous sont choqués de devoir faire face à cette situation. Citoyens, politiciens, médias, professionnels du domaine, tous semblent détenir les solutions. La question des chiens « dangereux » a été abordée des milliers de fois, de centaines de manières et par des dizaines d’experts de toutes sortes.

Je ne suis pas journaliste. Je suis technicienne en Santé animale (TSA), Coach et Comportementaliste canin ainsi que propriétaire de 2 chiens étant catégorisés comme chien du type Pitbull. Pour mon premier article au sein de l’équipe BELI, j’ai voulu tenter de remettre les choses en perspectives et de relativiser certains faits. Il m’était bien entendu impossible d’aborder toutes les sphères du sujet dans un seul article, vous comprendrez alors pourquoi j’ai regroupé le tout en 4 parties.

Je vous invite à me suivre dans cette aventure d’ouverture sur le réel et l’imaginaire!!!

Marie-Noëlle Tremblay,
Technicienne en Santé animale (TSA), coach et comportementaliste canin

Partie 1

Dans cette première partie, nous aborderons le sujet des biais cognitifs, des médias ainsi que de la politique. Comment influencent-ils les perceptions et les croyances? Quelle est leur part de responsabilité dans ce phénomène? Nous verrons de quelles manières, chacun à leur façon, contribue à semer la confusion dans notre pensée.

Relativiser nous aide à mieux objectiver.

  • Selon Statistique Canada, chaque jour, 100 Canadiens meurent d’une maladie associée au tabagisme (A)
  • Selon Environnement Canada, la foudre tue entre 9 et 10 personnes chaque année au Pays. (B)
  • Le Conseil National de Santé mentionne que selon les statistiques, nous avons plus de chances de mourir en faisant une promenade (1 sur 50 000), en tombant dans les marches (1 sur 150 000) et même de mourir tué par une balle d’arme à feu (1 sur 25 000) que de succomber aux blessures infligées par un chien (1 sur 11 millions) (C)
  • D’un autre côté, l’Organisation Mondiale de la Santé montre que vous avez plus de chances de mourir d’une diarrhée que de mourir en succombant à des blessures causées par un chien. Cette condition était une des causes les plus fréquentes de mortalité dans le monde. (D)
  • En 2016, 351 personnes sont décédées sur les routes du Québec (E)
  • Au Québec au cours des 30 dernières années, 6 décès ont été attribués à des attaques de chiens. Le décès de Mme Vadnais est le seul cas ayant été causé par un chien de type pitbull. Les 5 autres, par des chiens du type husky et Malamute. (F)

Les croyances : phénomènes biaisés par notre cerveau !

Chacun de nous vivons dans notre petit monde. La réalité n’est pas standard, uniforme et commune à tous. Elle dépend de ce qu’il se passe dans les faits (critères objectifs) ainsi que de la façon dont le cerveau perçoit ce qu’il se passe (critères subjectifs). Les deux sont des facteurs intimement liés dans notre système d’interprétation personnel. Donc, la réalité est une notion subjective unique pour chacun de nous.

«Il ne faut surtout pas sous-estimer le pouvoir de notre subconscient» disait Mesmer le fascinateur…

Eh bien, il n’a pas tort! Les gens voient ce qu’ils s’attendent à voir et se souviennent de ce qu’ils s’attendent à se rappeler en raison de puissants mécanismes de la pensée causant des déviations du jugement. On les appelle les biais cognitifs. Une meilleure compréhension de ces facteurs et des biais auxquels ils mènent pourrait alors améliorer les jugements et les décisions dans les situations d’incertitude.

Il existe plusieurs formes de biais cognitifs (G), ces formes étant elles aussi sous catégorisées par d’autres plus spécifiques. Il n’est donc pas étonnant que tous ne s’entendent pas. Chacun a sa propre vérité. Dans les questions entourant les chiens dangereux, ils font partie des facteurs qui ont le plus d’impacts, en ce qui concerne la difficulté de faire passer les bonnes informations.

Quels sont leurs impacts ?

Dans la populaire revue scientifique « Psychomédia » on peut y lire dans un article fort intéressant que, la prise de décisions rapides semble parfois être utile, mais est aussi à la base des jugements erronés. En gros, on y définit quelques biais et y explique de quelles façons ces biais influencent et nuisent à la pensée rationnelle (H). En somme, ces biais sont sources de désinformation. Comment alors prendre de bonnes décisions si les informations que nous recevons sont erronées? Qu’on le veuille ou non, nous avons un devoir de se poser les vraies questions. Que l’on parle du chien ou de l’humain, se baser sur les caractéristiques physiques d’un individu pour en juger de sa dangerosité tire presque de la folie!

Un bon filon pour un film ou une télésérie de science-fiction, certes, mais nous ne vivons pas dans un monde fantastique où naissent dans les petites fleurs les solutions magiques à tous les problèmes du monde. La réalité, c’est tout autre chose!

«La réalité est, ce que la majorité des gens considère qu’elle est. Ce n’est pas nécessairement le meilleur,
ni le plus logique mais plutôt ce qui s’est adapté au désir collectif.»

– Paulo Coelho

Les médias

L’influence des médias a pris une place importante dans la société moderne. Ils représentent aujourd’hui une force et un pouvoir indéniable, devenant en quelque sorte, juges de ce qui devrait nous paraître bien ou mal. Ils dictent et décident au niveau de la mode, la consommation, des modes de vie acceptables ou non, etc. Ils décident même quels sont les évènements importants et significatifs méritant de faire la une. Les médias cherchent le sensationnalisme, c’est leur gagne-pain, il ne faut pas l’oublier. Information de qualité ou pas, tant que ça vend! Une nouvelle impliquant une attaque de chien devient alors très alléchante et aussi très payante. Encore plus lorsqu’il s’agit d’un Pitbull. C’est plutôt un sujet à la mode, il faut l’avouer.

Je ne cherche pas à minimiser l’importance de s’attaquer (pour faire un jeu de mots !) au sujet des agressions canines. Ce qui m’ « agresse » personnellement c’est qu’il est abordé à toutes les sauces, sans trop chercher à comprendre et se poser trop de questions. La confusion est ainsi semée et plus personne ne sait comment distinguer le vrai du faux.

Les médias en profitent certes, mais il n’en reste pas moins qu’il en est de notre responsabilité d’aller chercher, par tous les moyens disponibles aujourd’hui, les bonnes informations concernant le sujet

Un cerveau paresseux !

Dans un article intéressant de l’ASP (Agence Science-Presse) (I), une étude a pu identifier quelques-unes des raisons qui rendent certaines personnes plus susceptibles de croire en une information fausse, qu’elle leur parvienne des médias ou des politiciens. Les récentes études sur le cerveau ont démontrées que rejeter l’information, la nier, demanderait plus « d’efforts » que d’y croire. C’est donc moins fatiguant et demande moins d’efforts de croire en des affirmations que d’entamer un processus de réflexion.

« Le premier ennemi de la connaissance n’est pas l’ignorance, c’est l’illusion
de la connaissance ».

-Stephen Hawking

Tout le monde est un spécialiste du chien, on le sait bien! Les médias nous présentent des tonnes d’entre eux. Du simple citoyen, en passant par celui qui a eu des chiens toute sa vie, sans oublier l’éducateur canin formé en 1930 par je ne sais qui encore! Même si quelques fois il est possible d’avoir l’heure juste en obtenant le point de vue de Vétérinaires spécialisés en comportement, d’Éthologues ainsi que d’autres spécialistes qualifiés du domaine, beaucoup trop de désinformation circule.

Ainsi, de nombreux journalistes contreviennent au code de déontologie du Conseil de Presse du Québec en ce qui a trait à la Section C : Recherche de la vérité. On y parle entre autres du devoir qu’a le journaliste de vérifier la qualité et la véracité du contenu qu’il partage (J).

Et les politiciens ?

Les médias influencent nos perceptions, les gens ont peur, cela engendre une hystérie sociale, ils font peur et demandent l’aide de ceux qui sont censés assurer leur sécurité… c’est là que les politiciens entrent en jeu. Ils doivent alors répondre à la requête des citoyens, ils implantent donc des lois pour les sécuriser. Par conséquent, le sujet devient alors très important, surtout s’ils souhaitent être réélus. Ils donnent alors l’impression d’avoir toutes les solutions en proposant le bannissement de races spécifiques. Les gens font alors face à une illusion, croyant qu’il y aura bel et bien un impact sur la diminution des chiens dangereux ainsi que des morsures. Or, ce n’est que fausse impression puisque ce qu’on a diminué, ce n’est que le nombre de chiens apparaissant dans les médias. Cela n’a en fait aucun impact réel sur la diminution des morsures ou de leur dangerosité. Quoi qu’il en soit, le problème est toujours présent.

Les solutions proposées ont pour caractéristiques de devoir plaire à un maximum de gens, de ne pas trop nécessiter de trop d’efforts et surtout, doivent être le plus « économique » possible. Il s’avère que pour faire un réel travail efficace, c’est plutôt tout le contraire.

En y réfléchissant sérieusement, on peut voir que tous sont responsable de la situation, la population y comprise. Personne n’a eu le temps de prendre conscience de l’ampleur du phénomène qu’ils ont eux-mêmes créé.

Les médias propagent du matériel aux mots et images sensationnalistes, les gens ont peur, le gouvernement impose des lois. Le phénomène engendre une augmentation de la demande de chiens interdits, les gens produisent des chiens comme bon leur semble, n’importe qui est spécialiste, tout le monde détient la vérité, le cerveau est paresseux, les perceptions sont biaisées, des cas graves de morsures arrivent, les médias arrivent, les gens ont peur, les politiciens mettent des lois….

…et ainsi va la vie!

Sources

(A) https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/preoccupations-liees-sante/tabagisme/legislation/etiquetage-produits-tabac/tabagisme-mortalite.html#note3
(B) https://www.canada.ca/fr/environnement-changement-climatique/services/foudre/mesure-securite/statistiques-deces-blessures.html
(C) https://www.economist.com/blogs/graphicdetail/2013/02/daily-chart-7
(D) http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs310/fr/
(E) https://saaq.gouv.qc.ca/saaq/documentation/bilan-routier/
(F) https://www.omvq.qc.ca/DATA/TEXTEDOC/Rapport-de-l-OMVQ-au-comite-ministeriel-sur-les-chiens-dangereux-1er-aout-2016.pdf
(G) https://fr.wikipedia.org/wiki/Biais_cognitif
(H) http://www.psychomedia.qc.ca/psychologie/biais-cognitifs#psychomedia-footer-1-menu
(I) http://www.sciencepresse.qc.ca/actualite/2012/10/04/croire-meme-quand-cest-faux
(J) http://conseildepresse.qc.ca/guide/recherche-de-la-verite/
Texte inspiré : http://www.joeldehasse.com/articles/a-francais/chiensdangereux.html

Par | 2017-11-27T03:17:17+00:00 novembre 23rd, 2017|Comportement canin|1 Comment

Un commentaire

  1. Audrey 24/11/2017 à 4:21

    Super bien expliqué! J’adore! Merci beaucoup!
    Sacré cerveau!

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